Retour sur l’édition 2019

 

 

Henri-François Debailleux, critique d’art invité 2019


On connaissait la collectionnite aigüe. Mais un nouveau mal (pour un bien) est en train de gagner les allées des plus grandes foires : la fair fatigue, une sorte de lassitude, celle de voir partout, de Bâle à New York, de Miami à Londres, de Hong Kong à Paris, les mêmes méga galeries, avec la même liste d’une vingtaine, trentaine, cinquantaine d’artistes superstars, hyper médiatisés et aux prix stratosphériques. Une sorte de malaise aussi que ressentent certains collectionneurs, entre mal de mer et vagues à l’âme, entre le vertige crée par le prix de ces œuvres et le sentiment légitime de ne pas y avoir accès. Car si ces foires sont l’équivalent du plus beau musée du monde pendant quelques jours, elles sont aussi des lieux où pour cent briques et même quelques dollars de plus il n’y a plus rien pour un collectionneur normal, c’est-à-dire celui qui ne fait pas partie du club fermé des multimilliardaires et qui se sent hors-jeu, mis sur la touche, exclu de ce marché de l’art. Mais heureusement il en existe un autre plus accessible, notamment celui proposé par certaines galeries qui font en amont tout le travail de découverte – ou de redécouverte d’artistes plus ou moins oubliés-, de leur diffusion, de leur promotion, de leur accompagnement dans la durée. Ces galeries qui savent créer un lien de proximité, une relation privilégiée avec le collectionneur éclairé, l’amateur occasionnel ou l’acquéreur qui s’ignore, qui prennent le temps d’expliquer une démarche, de faire comprendre une œuvre, qui sont de véritables conseillers et non de simples banquiers ou spéculateurs. Ces galeries, qui selon l’âme même du métier, sont des passeurs, favorisent la rencontre, l’échange, la discussion, s’engagent aussi bien avec les artistes qu’avec les collectionneurs. Ces galeries qui n’ont plus droit de cité dans les grandes messes, mais que d’autres foires, plus humaines que les longs marathons, se doivent aujourd’hui d’accueillir. Car à force de ne vouloir s’adresser qu’à une élite économique, les grandes foires ont finalement laissé vacant un vaste champ pour un autre type de foire. C’est le moment de l’occuper puis d’en prendre possession. Une opportunité que ST-ART a décidé de saisir.

Henri-François Debailleux, journaliste, critique d’art , Juillet 2019

 

En 2019, une exposition consacrée au Design

Le Design à l’honneur

Après le Museu Picasso Barcelona en 2018, ST-ART 2019 présente une exposition consacrée au Design, autour d’un objet unique, l’assise : « Design et Art, les liens du temps » avec : Gerrit Thomas Rietveld, Harry Bertoia, Hans J. Wenger, Jean Prouvé, Michael Thonet….

L’exposition sera présentée en deux temps sur le thème d’un objet particulier : la chaise ou l’assise.

La 1ère partie, consacrée à l’objet design, présentera des rééditions de grandes signatures du Design :

  • Gerrit Thomas Rietveld et sa fameuse chaise Zig Zag conçue en 1932.
  • Harry Bertoia avec sa collection de chaises Bertoia, créee pour Knoll en 1952.
  • Hans J. Wenger et sa Chaise «CH24» qui connait une véritable renommée internationale en 1960 lorsque Kennedy choisit la Round Chair pour le débat présidentiel qui l’oppose à Nixon.
  • Paulo Mendes da Rocha et son Fauteuil «Paulistano» conçu en 1957.
  • Jean Prouvé avec son Fauteuil de salon (1939)
  • Marc Newson et le Lockheed Lounge LC-1 (1985)

Gerrit Thomas Rietveld  ZIG ZAG – 1934  Par Casina // Pyramide Design Strasbourg

Chaise Prouvé 1934/1950 par Vitra & Marshmallow Sofa de George Nelson par Vitra // Le Fou du Roi Strasbourg

La peinture de genre où le sujet est un instantané de la vie quotidienne, portait sentimental ou scène anonyme est en outre le document du style d’une époque.

A travers 7 œuvres, 7 peintres, de Berthe Morisot (1841-1895) à Jacques Monory (1924-2018), 7 assises «sorties», la deuxième partie de l’exposition met en relation le peintre et le design comme témoins indispensables de leur temps.

ST-ART remercie Le Fou du Roi et Pyramide pour leur aimable participation à la réalisation de l’exposition.

Pyramide : Au-delà de la figure géométrique incontournable du design à Strasbourg, Pyramide est aussi une bulle : une bulle d’harmonie, d’inventivité et de convivialité où brillent les griffes des plus prestigieux designers de mobilier contemporain – où s’édifient les beaux projets d’architecture intérieure et de décoration. Soudée autour d’une esthétique exigeante, l’équipe Pyramide révèle, guide et accompagne vos affinités pour créer des mises en scènes uniques – une expérience commune basée sur l’échange et la connivence. Améliorer votre cadre de vie privée ou professionnelle, lui donner du sens et de la perspective, explorer un nouvel art de vivre… Les solutions sont chez Pyramide, l’âme qui s’en dégagera est évidemment la vôtre.

Fou du Roi : Créée en 1997 – la galerie Fou du Roi propose une sélection de mobilier & d’objets. Doublement distingué en 2018 par le concours du Commerce Design Strasbourg Eurométropole.

 

Exposition du Banc Saint-Germain de Pablo Reinoso

Pablo Reinoso est un artiste et designer franco-argentin. Né à Buenos Aires (Argentine) le 8 mars 1955, il vit et travaille à Paris depuis 1978. Sculpteur à l’origine, mais foncièrement artiste, Pablo Reinoso pratique son art de diverses façons depuis son plus jeune âge. Il crée sa première sculpture à 13 ans et son premier banc–sculpture à 15 ans, mais à 6 ans déjà il s’était fabriqué des chaises, des bibliothèques et avait inventé des chariots pour
évaluer les pentes de la place appelée « France », à Buenos Aires… Pablo Reinoso travaille par séries qu’il parcourt, triture, fouille, en explorant des univers et des matériaux différents. Comme potentiellement toutes les séries, celles de Pablo Reinoso ne sont pas closes, mais toujours ouvertes, traduisant le permanent work in progress qui est sa manière de penser.

 

Après avoir extrait de matériaux dits nobles des séries aussi cohérentes et fortes que les articulations (1970-1980), les paysages d’eau (1981-1986) ou la découverte d’Amérique (1986-1989), il s’en dépouille pour se risquer par d’autres chemins et entame une série d’oeuvres respirantes (1995-2002), faites de toiles et d’air. Il y joue, s’appropriant l’espace architectural entre l’installation et le minimalisme, avec la précarité de l’existence, évoquant le corps, l’insistance de la pulsion, la vie et la mort. Le point culminant de cette période, est une très impressionnante installation, dans une chapelle servant de salle d’exposition du Museo de Arte Moderno de Bahia, au Brésil (1996). L’installation « Ashes to ashes » (2002, Casa de Américas, Madrid) marque un tournant dans son parcours, faisant éclater l’oeuvre–objet, tout en renvoyant à des projets antérieurs et précurseurs dans son oeuvre. Dans « Ashes to ashes », avec plus de maturité, Pablo Reinoso poursuit sa réflexion sur le temps, la fragilité des certitudes, l’éphémère de l’ordre établi et s’engage dans un travail avec des lattes de bois qu’il tord et éclate pour les faire s’affranchir de leur fonction. Il nous introduit par là à la question de la perte et pointe, dès lors, quelque chose de l’impossible et intrinsèque adéquation de l’homme à son monde. Poursuivant cette perspective, mais ayant fait entre temps une expérience forte au sein de grandes entreprises comme directeur artistique et designer, il s’attaque à une série où il met en avant une icône du design industriel, la chaise Thonet. Tout en plaçant au centre de l’oeuvre cet objet fonctionnel et paradigmatique, il lui soustrait, justement, sa fonction, celle qui lui donne son objectif et sa raison d’exister. Il élabore des compositions complexes qui, avec humour et dérision, nous confrontent au manque, à l’impuissance foncière de l’être humain. Pablo Reinoso prend ensuite, comme point de départ de sa réflexion, les bancs publics, au design anonyme, traversant les cultures et ayant quelque chose de hors-temps et hors-mode.

C’est encore l’objet siège qu’il explore, mais, cette fois-ci, ce n’est plus l’objet, mais la matière qui s’affranchit de la fonction et poursuit son chemin de bois, d’arbre, de végétal. Il met en scène des bancs qui, après avoir accompli leur métier de mobilier, redeviennent branches qui poussent et grimpent. Elles ne sont plus au service d’une fonction, mais retrouvent leur vie et leur condition. On pourrait dire que le désir des lattes de bois se révèle, qu’elles se font plaisir et s’amusent, tout en s’acquittant de ce qu’on attend d’elles : être un banc, pour enfin s’exprimer librement en épousant l’architecture, en parcourant les lieux, en explorant les trous. Finalement, dans sa dernière série « les Scribbling Benchs » (à partir de 2009), Pablo Reinoso ne part plus d’un banc anonyme, ni d’une chaise iconique, mais d’un matériau : une poutrelle en
acier. C’est l’inattendu du lourd, voué à structurer l’architecture, qui se tord comme un fil pour créer un banc et dessiner des espaces légers, transparents, contemplatifs. Ayant fait des études d’architecture, mais touche à tout curieux et souvent autodidacte, Pablo Reinoso a toujours navigué entre les disciplines : sculpture, photo, architecture, design, comme autant de manières de lire le monde et de dialoguer avec lui, comme autant de manières de créer et de répondre à des défis.

Catalogue Exposants 2019

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