Carte Blanche 2016

  • Michel NURIDSANY :
  • Anne Ferrer

Une installation sculpture et son, réalisée au Virginia Center Of Creative Arts en collaboration avec le compositeur John Nichols.

Michel Nuridsany à propos d’Anne Ferrer

Devenir souffle par Michel Nuridsany

Anne Ferrer a l’éclat de rire facile. Elle est jeune. Jeune d’aspect, d’esprit, de cœur, jeune dans ses enthousiasmes et ses élans. Je ne vois pas comment, un jour, elle pourrait vieillir. Son travail se savoure frais comme une friandise quand elle montre ses cochons roses, ses fleurs roses, animées ou non. Le monde d’Anne Ferrer est rose bonbon.

Je l’ai découverte  à l’ARC, en 1992, et à la galerie Jacqueline Moussion la même année. Elle montrait des taureaux compacts et noirs, d’une virilité presque excessive, habillés de dentelles, contraste qui ne se voulait ni revendicatif, ni agressif mais érotiques et joyeux. Elle avait aussi pendu au plafond, par des cordes, des bœufs écartelés, entrailles à l’air qui faisaient penser à Rembrandt et à Soutine. Mais les soies profuses et les couleurs rutilantes employées, tiraient plus du côté de la volupté que du côté du sang et de la mort. Anne Ferrer manie l’ironie avec insolence mais surtout avec beaucoup d’exubérance et de gaieté. Voyez ses cochons couverts de tétines et de biberons.

Elle habitait alors une boucherie. Est-ce là qu’elle se trouva sensibilisée aux rapports hommes-animaux ? C’est ce qu’elle dit.

Après cela, ses fleurs s’épanouissent verticales comme des érections. Des ventilations les gonflent. Le latex, les fourrures, le vinyle, le molleton, le skaï les constituent. Ici le visuel et le tactile se mêlent avec humour.

Les sculptures légères montrées ici dans une sorte d’apesanteur heureuse, l’ont été à la galerie Michel Journiac en février. C’était la fête avec toutes ces couleurs criardes, ces courants d’air, ces oscillations des fleurs qui se déployaient, se rétractaient dans l’espace. On les caressait. On souriait.

L’œuvre a été créée en novembre 2015 au Virginia Center For The Creative arts. Anne Ferrer expose beaucoup aux Etats-Unis. Le son, qui se déclenche si on s’approche, a été créé là-bas par John Nichols. C’est là une respiration subtile qui s’accorde à merveille avec l’instabilité de ces sculptures qu’un souffle change en féerie.

Solo show Anne Ferrer (son John Nichols)

L’artiste française installée à Paris, lauréate de la commission 2016 du Virginia Center of Creative Art, arrive à Richmond seulement quelques jours après les attentats du 13 novembre, encore sous le choc des attaques.

« Le jour de mon arrivé au VCCA, j’ai décidé de faire quelque chose qui était heureux et ludique en réaction aux attentats de Paris. J’en avais besoin. J’étais malheureuse. Le lieu est sublime et ça a créé un décalage. Mélange de colère et de volonté de joie de vivre et de culpabilité d’être là dans ce cadre de rêve. John travaillait sur sa thèse dans l’atelier voisin et on a tout de suite vu une collaboration sur ce travail. Nos deux projets se sont télescopés »

Anne Ferrer & John Nichols

Anne Ferrer a grandi en Catalogne française, puis a quitté la France pour étudier 7 ans aux États-Unis, à Oklahoma University (BFA Sculpture) et à l’Université Yale (MFA). De retour à Paris, le sentiment d’être «étrangère» dans une ville obsédée par la mode, la nourriture, le parfum, et la culture de luxe a fasciné et amusé l’artiste qui a commencé à jouer avec ces ingrédients. Le textile et ses manipulations sont devenus les principaux processus de création d’Anne Ferrer : construire, coudre, créer des formes, et y donner un sens. L’utilisation de tissus est devenu un fauteur de troubles, donnant à l’artiste un outil intéressant, /audacieux, de formes et couleurs insolentes, léger, direct et facile à manipuler : les sculptures en peluche ou gonflées apportent un sentiment joyeux de gourmandise, une invasion du prêt à être dévoré. La rapidité de l’installation, son transport facile (dans une valise, un sac à main) fait partie du processus de travail, permettant la performance, l’œuvre gonfle, respire, envahit l’espace tel un show en direct. Le travail de Ferrer a été montré au Centre Pompidou, au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, ainsi que chez Sonia Rykiel et Nina Ricci et dans divers musées comme le Musée de Séoul, l’Institut Français à Naples, le Musée de La Paz, Madrid,… Elle est également présente dans de nombreuses collections publiques et privées internationales.

John Nichols. Face à l’immédiateté de la vie, les compositions de John Nichols III ont été décrites par les auditeurs comme «cosmiques», «sismiques» et «tectoniques». Ses compositions sont reconnues internationalement avec l’obtention de nombreux prix.

 

Carte Blanche Ville de Strasbourg

Le Bastion 14
Ancienne construction militaire faisant partie des fortifications de 1870 située rue du Rempart, derrière la gare centrale de Strasbourg, il accueille, depuis sa réouverture en 2003, une cinquantaine d’artistes. Le Bastion 14 abrite 21 ateliers de travail réservés aux artistes professionnels des arts visuels. Ces locaux ont été réhabilités par la Ville de Strasbourg et sont gérés par celle-ci. Un comité d’experts, animé par le Département des Arts plastiques au sein de la Direction de la Culture, est chargé de sélectionner tous les ans les artistes susceptibles d’occuper les ateliers. La sélection vise une représentativité des artistes par rapport à la création contemporaine strasbourgeoise dans sa diversité. Un atelier « résidences artistiques » y est également aménagé, permettant d’accueillir des artistes étrangers.
Le stand « carte blanche » est conçu et animé par le Département des Arts plastiques – Direction de la Culture de la Ville de Strasbourg. Depuis une dizaine d’année, il présente au public de ST-ART un aspect ou des acteurs significatifs de la scène des arts visuels strasbourgeoise.

le-bastion-st-art-2016